Camellia ou camélia ?

Deux «ll», c'est l'orthographe horticole. Historiquement, c'est Alexandre Dumas fils qui a fait une faute. Son père disait de lui que c'était un bon dramaturge mais qu'il était mauvais en orthographe...

Origine

Le camellia est essentiellement originaire d’Asie de l’est  (80% des espèces) : de Chine et du Japon. Il a d’abord été connu en Europe par les dessins sur des objets importés et par les descriptions d’explorateurs ou de missionnaires. A partir de 1662, l’explorateur allemand Engelbert Kaempfer embarquant sur les navires de la compagnie des Indes Hollandaises, se rend en Chine et au Japon. Il décrit des Tsubaki (椿 - camellia en japonais) comme ressemblant à nos plus belles roses, ainsi que the Thea Chinensis (ou Théa Sinensis = Thiers).

En 1737, Carl Von Linné, naturaliste suédois, médecin du roi et éminent botaniste - qui donna à de nombreuses espèces végétales et animales un double nom, latin et usuel - donne à cet arbuste le nom du Camellia, le dédiant au jésuite Georg Joseph Kamel, missionaire aux philippines. Mais, peut être que le Père Kamel n’a jamais croisé de Camellia de sa vie !

Introduction en Angleterre

Les premiers camellias d’Europe ont sûrement été plantés au Portugal. En effet, les camellias les plus âgés pourraient avoir plus de 400 ans. Ces camellias proviennent sûrement de Macao, colonie portugaise en chine près de Hong Kong.

Mais c’est en Angleterre que le camellia fut commercialisé la première fois (début du 18ième siècle). Le camellia aurait pu arriver en Angleterre via la Portugal mais on pense plutôt que les Anglais , rafollant du thé s’étaient mis à importer des feuilles et boutons de camellia sinensis à prix d’or. Un capitaine de la compagnie des Indes eut alors l’idée de rapporter dans son bateau des plants de thé pour concurrencer les chinois. Mais, surprise, les marchands chinois ne lui fournirent que des camellias à fleurs d’ornement.

En 1739, c’est à Lord Petre que revient l’honneur qu’un camellia rouge à petites fleurs simples et régulières est cultivé pour la première fois dans ses serres (à Essex, comté au Nord est de Londres) dans un but commercial. 

Déploiement dans le reste de l'Europe 

Depuis l’Angleterre, la mode du camellia gagne tous les pays d’Europe de l’Ouest, l’Amérique, l’Australie et la Nouvelle Zélande. 

En Allemagne, près de Dresde, dans le jardin royal de Pillnitz,  on plante pour la première fois un camellia en pleine terre. On le préserve toutefois de l’hiver par un abri chauffé et démontable.Camellia au parc de Pilltntz

De même, les camellias arrivent déjà en Italie dès 1760. On les trouve dans la région de Milan, la région des grands lacs et la Toscane ou ils s’acclimate en plein air avec le climat est chaud et humide.

A partir de là, la « camellia-mania » se propage et est à son apogée vers le milieu du 19ième siècle.

Le rôle des explorateurs : Camellia Captain Rawes
John Reeves, prospectant pour le thé en Asie, ramène des plants d’ornement en les cultivant en pots avant le voyage (qui dura quelques mois) et fabrique de petites serres qu’il met sur les pont des navires. En 1824, il charge 9 navires, 38 caisses de plants dont 37 camellias différents dont le camellia « Imbricata » et la camellia «reticulata" « Captain Rawes ».

Camellia Oleifera

Robert Fortune part en 1843 en Chine. Il prospecte pour récolter des plants de thé mais ramène aussi des nouveautés horticoles. On lui doit le camellia « oleifera »

 

 

Léopold 1er de Belgique cultive des ses serres du palais royal de Laeken près de 300 variétés. La ville de Gand compte 126 horticulteurs et 180 serres. Les semis donnent de nouvelles formes e couleurs diffusées dans toute l’Europe.

Le rôle de l’Impératrice Joséphine : L’Impératrice Joséphine de Beauharnais propage en France l’intérêt pour cette plante. On suppose que Joséphine obtient ses premiers camellias d’Italie où sa belle-sœur, reine de Naples, en possède au château de Caserta. Elle les fait cultiver dans les serres du jardin de Malmaison.

A Paris : En 1837, à Paris, paraît la célèbre monographie du genre camellia de l’Abbé Berlèse. La troisième édition présente plus de 700 cultivas. Cet ouvrage devient la bible des amateurs.

A Nantes : Entre 1779 et 1867, Nantes devient avec Angers et Paris le plus grand centre de camellias en France et au-delà. Ferdinand Favre découvre le camellia à Gand et est persuadé que le climat nantais va leur convenir. Il achète à grand prix des graines en Angletterre. Il obtient 7000 pieds, tous plantés dans son parc. Il distribua ses cultivars aux amis et aux professionnels. Il commença la collection du Jardin des plantes.
Jean Huertin obtient la célèbre variété « Ville de Nantes » qui connaît toujours un immense succès en Amérique. 

La dame aux cameliasLa dame aux camélias : En 1848, Alexandre Dumas écrit son célèbre roman « La dame aux camélias » où Marguerite Gautier arbore sa fleur préféré, un camellia Japonica « Alba Plena ». Les deux orthographes sont aujourd'hui aceptés par le dictionnaire avec un certain retour à l'écriture originelle.

La révolution industrielle est l’un des éléments clés de cette période ; une classe aisée qui apprécie les belles maisons, les jardins et les serres. La fleur coupée est le complément indispensable de belles tenues du soir des fêtes parisiennes ; les hommes la mettent à leur boutonnière et les fleurs ornent les coiffures des femmes et leurs maisons. On dit qu’en janvier 1885, on a vendu quelques 120000 boutonnières de camellia nantais aux halles de Paris. 

 Conclusion

Contrairement à toute attente, la mode du camellia s’évanouit à la fin du 19ième siècle. Mais une renaissance s’amorce dans les années 1950, grâce aux hybrides anglais (les Williamsii) et grâce à l’intérêt croissant des américains pour les variétés à grosses fleurs parfumées ce qui donnera lieu à la création de l’International Camellia Society (ICS) en 1962.